Dans notre modèle d’exploitation, les ruchettes 6 cadres ne sont pas de simples accessoires, mais bien l’unité de base de notre système de production. Dès le lancement de notre activité en 2004, nous avons fait le choix de privilégier le format ruchette 6 cadres plutôt que ruche 10 cadres. À l’époque, notre cheptel était réparti en plus de 1 000 colonies en ruchettes Dadant 6 cadres, contre seulement 200 Dadant 10 cadres.
Cette approche, novatrice voire un peu téméraire à l’époque, s’est révélée payante. En effet, le format 6 cadres offre une grande souplesse d’organisation, ce qui a largement contribué à l’efficacité de notre exploitation. Les ruchettes 6 cadres sont avant tout destinées à la production d’essaims. Mais elles participent largement à notre production de miels toutes fleurs.
La conduite de début de saison :
La reprise commence de plus en plus tôt. En vingt ans, elle s’est avancée de plusieurs semaines. Actuellement, la saison débute à la fin février ou au début mars. Les ruchettes hivernent sur 4 cadres (avec 2 partitions chaudes en bordure) ou sur 5 cadres (avec une seule partition chaude).
Nous avons commencé à réduire notre activité au début des années 2020. En 2025, nous hivernons environ 750 ruchettes, réparties dans une trentaine de ruchers proches de l’exploitation. Les plus éloignés se trouvent à 20 minutes. Lors de la première visite de printemps, nous ajoutons un cadre à étirer aux colonies déjà très fortes. Dans un même rucher, la force des colonies est généralement très homogène en sortie d’hiver, encore plus qu’au moment de la mise en hivernage.
Nous sommes à la mi-mars, période où le rythme de notre saison s’accélère. Nous lançons nos premières éleveuses et réalisons nos premiers greffages. Concernant les ruchettes, les premiers essaims sont vendus, et dès le début du mois d’avril, nous repeuplons celles qui ont été libérées avec de nouveaux essaims.
À partir de la fin avril, les premières reines sont en ponte. Nous déplaçons alors les ruchettes du cœur de la zone de fécondation vers des ruchers extérieurs. Les colonies sont nourries si nécessaire et se développent progressivement sur 5 cadres, la dernière position étant occupée par une partition chaude.
Évolution de l’Organisation : Du cheptel vers le miel et l’élevage
Historiquement, nous réalisions une seconde série d’essaims avant la floraison du châtaignier (fin mai). Aujourd’hui, notre méthode de conduite a évolué : nous concentrons la production d’essaims sur le mois d’avril. Cela nous permet de leur faire produire du miel et de dégager du temps en fin de printemps :
Une partie de notre cheptel en ruchette est également dédiée à la pollinisation de cultures de semences (carottes, oignons, tournesol, etc.).
Aspects sanitaires : La lutte contre Varroa
La réussite de l’hivernage en ruchette 6 cadres repose sur une pression parasitaire maîtrisée. Notre protocole se divise en deux étapes clés :
- En juin : Pose de 2 bandelettes d’acide oxalique, pour rompre le cycle de développement des varroas.
- En été (après récolte) : Pose de 2 bandelettes d’acide oxalique, pour déparasiter la colonie et les futures abeilles d’hiver.
- En hiver (vers lami-décembre) : Une application d’acide oxalique en dégouttement hors couvain. À noter que l’arrêt de ponte est de moins en moins marqué dans notre région depuis dix ans.
Le nourrissement : Une gestion de précision
Le nourrissement est un poste sensible pour maintenir un cheptel de cette taille : comment intervenir à bon escient pour aider les colonies ne cas de besoin, et uniquement en cas de besoin ?
- Automne : Nous apportons systématiquement 2 à 3 kg de sirop, dose que nous doublons pour les essaims les plus légers afin de sécuriser l’hivernage. Nous sommes dans une région à tournesol, et les corps des ruchettes sont souvent très lourds en fin d’été.
- En hiver (fin janvier) : Au cas par cas, nous posons un pain de candi si la ruchette nous semble un peu légère.
- Sortie d’hiver (mars) : C’est la période critique. La population de la colonie explose et la météo souvent instable : les réserves de la ruchettes peuvent s’épuiser rapidement. Un suivi et un apport de soutien sont souvent nécessaires.
- Constitution d’essaims : Lors de l’introduction d’une cellule royale de 11 jours, nous distribuons un sirop très dilué pour favoriser l’acceptation et le démarrage.