Sur notre exploitation, nous avons actuellement environ 200 ruches Dadant 10 cadres. La grande majorité de nos colonies sont hébergées dans des unités plus petites : ruches divisibles, des ruchettes ou des maxi-plus.
Néanmoins, nos ruches Dadant jouent un rôle clé dans notre activité d’apiculteurs-éleveurs. Placées en ruchers fixes, elles sont stratégiquement réparties autour de notre zone de fécondation, où elles fournissent les mâles de qualité indispensables à notre élevage.
Par ailleurs, dans le cadre du testage de nos souches, ces ruches nous permettent d’évaluer la productivité en miel, mais surtout la capacité des colonies à gérer leurs réserves pendant l’hiver et au printemps – une évaluation bien plus délicate à réaliser sur des colonies de petite taille.
Un outil polyvalent aux fonctions multiples
Conduite des colonies en Ruches Dadant 10 cadres
La conduite de nos colonies en ruches Dadant 10 cadres est adaptée aux exigences spécifiques que nous attendons d’elles. Notre organisation simplifie leur gestion grâce à des ruchers fixes, composés de 8 ruchers de 24 ruches chacun.
La taille de nos ruchers
Nous avons volontairement limité la taille de nos ruchers à 24 ruches maximum, pour trois raisons principales :
Une génétique diversifiée pour des colonies plus résilientes
Chaque rucher bénéficie d’une diversité génétique importante, un choix inspiré par les travaux de David R. Tarpy (spécialiste de la polyandrie chez les abeilles). Ses recherches montrent qu’une colonie génétiquement diverse est plus saine et plus productive. En pratique, chaque rucher accueille généralement une dizaine de lignées différentes.
Chaque ruche participe à notre plan de testage. Les reines sont identifiées et traçables grâce à notre système de traçabilité.
Constitution d’essaims par prélèvement de cadres de couvain
Pour évaluer la tendance à l’essaimage de nos lignées, nous adoptons une approche non interventionniste au printemps :
Dans notre région, où les miellées ne sont pas particulièrement intenses, cette méthode permet d’observer un taux d’essaimage généralement inférieur à 10-12 %.
Un prélèvement d’essaim n’est réalisé que lors du renouvellement de la reine (voir le paragraphe suivant).
Rotation des reines
En absence d’accident, une reine reste généralement 2 ans dans la ruche, le temps nécessaire pour évaluer sa valeur (production de miel, gestion des réserves, tenue des cadres, etc.).
Le renouvellement des reines s’effectue habituellement juste après les dernières récoltes, début août. Nous retirons alors 3 cadres et nous introduisons une reine fécondée issue de nos nuclei. À cette période de l’année, les taux d’acceptation sont élevés. La colonie hivernera ensuite avec sa nouvelle reine, sur 6 cadres seulement, complétés par une partition chaude en bordure.
Santé du Cheptel et Mortalités Hivernales
Nous observons de faibles pressions sur des maladies importantes du couvain, telles que la loque européenne, la loque américaine ou les mycoses. Et bien que les frelons asiatiques soient de plus en plus présents, notamment à proximité des rivières, leurs nuisances restent limitées pour l’instant.
En revanche, la principale préoccupation concerne les viroses transmises par Varroa, qui représentent un défi majeur pour la santé de nos colonies.
Stratégie anti-Varroa : évolution et résultats
Premières années (jusqu’en 2010-2011)
À nos débuts, notre protocole reposait sur :
Cependant, cette méthode s’est révélée insuffisante pour contrôler les populations de Varroa, entraînant des pertes hivernales massives (jusqu’à 35 % du cheptel en 2010-2011).
Adaptation du protocole (années suivantes)
Nous avons abandonné le thymol au profit de l’amitraze, ce qui a permis de :
Limites de cette approche : L’utilisation de l’amitraze impose de travailler en absence de hausse, ce qui retarde l’intervention jusqu’à la dernière récolte (début août). Avec l’augmentation de la charge virale, cette période s’avèrait trop tardive. Nous devions intervenir avant la fin du printemps, afin de limiter le développement exponentiel des populations de Varroa.
Protocole actuel (depuis les années 2020)
Aujourd’hui, nous utilisons uniquement de l’acide oxalique, par dégouttement et sur langes glycérinées, tout au long de la saison (4 interventions annuelles). Bien que cette méthode soit plus respectueuse de l’environnement, elle s’accompagne d’une augmentation du taux de mortalité hivernale. Il est compris entre 10 et 15 % pour nos ruches Dadant 10 cadres. Ce taux est près du double de celui observé sur nos autres colonies (ruches divisibles, ruchettes 6 cadres ou maxi-plus).
Hypothèse : Cette différence pourrait s’expliquer par le fait que les ruches Dadant 10 cadres sont moins suivies que les autres types de colonies sur l’exploitation.
Nous n’avons pas encore d’explication définitive, mais nous travaillons à optimiser nos protocoles à base d’acide oxalique pour améliorer ces résultats. Nous utilisons des langes
Nourrissement : Priorité au Naturel
Nous cherchons à intervenir au minimum. Par exemple, nous ne pratiquons aucun nourrissement de stimulation au sirop dilué.
Apport de protéines
En condition climatiques difficiles au printemps, et pour éviter que les abeilles ne chassent les mâles, nous distribuons des pâtes protéinées.
Apport de sucre
Notre objectif est de favoriser l’autonomie des colonies, en sélectionnant des abeilles capables de gérer efficacement leurs réserves pendant l’hivernage et au printemps. Pour cette raison, nous limitons au maximum le nourrissement sucré, en intervenant uniquement lorsque cela s’avère nécessaire.
En automne
Dans notre zone de production de tournesol, les colonies disposent généralement de réserves abondantes à l’entrée de l’hiver. Nous n’apportons donc aucun sirop à cette période.
En sortie d’hiver
Si les réserves deviennent insuffisantes, nous plaçons un pain de candi sur les têtes de cadres, pour soutenir les colonies.
Avant la floraison du colza
Il arrive que nous devions recourir à un nourrissement au sirop pur avant la floraison du colza. Cette pratique comporte cependant un risque d’essaimage, notamment en cas de changement brutal de météo avec des entrées massives de pollen et de nectar.
Au printemps
Lorsque la ponte de la reine atteint son pic et qu’une période de disette se prolonge, nous distribuons à nouveau des pains de candi, par nécessité ou par précaution.