Conduite des Ruches Éleveuses : du Greffage à la Production de Cellules Royales

Cellules de greffage étirées en cellules royale, à la sortie des éleveuses

La qualité des cellules royales dépend directement de la performance et de la conduite rigoureuse des colonies éleveuses qui en ont la charge. Notre méthode a évolué au fil des années pour garantir un environnement optimal aux futures reines.

Le greffage : l’art de transformer les larves en reines

Le greffage est une opération presque magique : il consiste à prélever de jeunes larves d’ouvrières pour les transformer en reines. Un véritable changement de destin, à l’équivalent des cas de supercédure. Le greffeur devient ainsi un faiseur de reines !

Le greffage n’est pas un art particulièrement difficile. Tout le monde peut y parvenir, à condition d’avoir une bonne vue (ou de bonnes lunettes) et de répéter régulièrement l’exercice pour acquérir une bonne dextérité. La principale difficulté survient lorsque les larves, au stade idéal (quelques heures après l’éclosion), se trouvent sur un cadre de cire tout juste étiré.

En production de gelée royale, l’exercice diffère : on ne cherche plus les larves au bon stade, mais plutôt la rapidité d’exécution. Dans un système de “marche en avant”, on prélève toutes les larves disponibles sans revenir en arrière sur les alvéoles oubliées.

Aux Ruchers de Cocagne, nous produisions jusqu’à 15 000 cellules royales chaque année. La saison de greffage s’étendait de la mi-mars à début septembre. Aujourd’hui, la production a été réduite de moitié, et nous terminons notre saison de plus en plus tôt (fin juillet à partir de 2026).

Larve prélevée sur un cadre de couvain lors de l'étape du greffage, et placé dans une cupule. Une ruche éleveuse transformera cette larve en reine.
Larve greffée et déposée au fond de sa cupule avant d’être prise en charge par les éleveuses.

Nous ne mesurons plus précisément nos taux d’acceptation, mais en moyenne, ils se situent entre 75 % et 80 %, avec des variations selon la saison. Il faut généralement trois greffages pour que les éleveuses atteignent leur plein potentiel de prise en charge. Chaque année, nous observons aussi un effet de “déprime” sur les deux ou trois séries qui suivent la fin de la floraison de l’acacia.

Au Rucher de Cocagne, nous greffons deux fois par semaine : le lundi après-midi et le vendredi après-midi. Une fois la saison de production d’essaims terminée (mi-mai), le greffage du vendredi fournit les cellules nécessaires aux nuclei : les reines sont récoltées le lundi, et les cellules sont réintroduites le mardi.

Le greffage du lundi nous fournit des cellules pour la semaine suivante, qui servent aux remérages et aux inséminations. Il y a toujours des colonies à remettre d’aplomb !

Le Choix d’Éleveuses : beaucoup d’options possibles

Il existe un nombre incalculable d’options pour produire des cellules royales. Il y a d’abord la phase d’acceptation des larves, qui peut être initiée en starter puis en finisseur, ou directement en starter-finisseur, voire même en starter seul (avec un très gros paquet d’abeilles). Ensuite, il faut choisir le type de colonies pour la phase de formation des cellules royales : on peut opter pour des colonies très imposantes (15 ou 16 cadres) ou, à l’inverse, pour de petites colonies en miniplus. Enfin, il y a le choix de rotations de cadres (ou non) pour apporter des jeunes abeilles dans le compartiment d’élevage.

Voici le récit de nos pérégrinations et recherches, entre quête de qualité et recherche d’efficacité dans notre organisation.

Jusqu’en 2010 : le système des ruches orphelines

Nous utilisions principalement des colonies orphelines classiques, selon différents modes de fonctionnement. Le dernier consistait à retirer la reine d’une colonie et à la maintenir orpheline pendant 3 à 4 semaines, avant de la remérer.

Faiblesse du système : il fallait au moins 2 ou 3 greffages pour que la colonie adopte un réflexe d’éleveuse.

De 2010 à 2015 : le système Cloake-Board

Ruche éleveuse Dadant en configuration Cloake-Board montrant la superposition des corps et le système de séparation pour l'élevage de reines.
Éleveuses Coake-Bord avec compartiment orphelin sur le dessus.

Ce système repose sur l’idée que ce n’est pas la quantité d’abeilles qui prime, mais leur qualité. L’objectif est d’avoir le plus de nourrices possible à proximité des barrettes greffées. La colonie est divisée en deux :

  • La reine reste dans la partie basse.
  • Une grille à reine sépare les deux étages.
  • L’étage supérieur, orphelin, contient du couvain ouvert et un maximum de nourrices.

Avant d’introduire les cellules, une plaque est posée sur la grille à reine pour isoler le compartiment supérieur. Se sentant orphelines, les nourrices acceptent et transforment les larves greffées en cellules royales.

Inconvénient : il faut effectuer des remontées de couvain chaque semaine, ce qui implique de soulever de lourdes caisses à chaque manipulation. Avec un grand nombre de ruches, cela devient un sport épuisant.

Depuis plus de 10 ans : retour aux orphelines, mais en petites unités

Nous travaillons désormais avec des colonies en cadres de hausse, selon un système de double unité :

  • Une ruche orpheline dans une unité de 8 cadres, où le nourrisseur remplace 2 cadres.
  • Une colonie pourvoyeuse de couvain en ruche divisible (10 cadres).

Cette organisation nous permet d’identifier les reines des pourvoyeuses qui présentent les meilleures qualités maternelles : taux d’acceptation et bon remplissage des cupules en gelée royale.

Introduction et rotation des barrettes de greffage

Chaque éleveuse reçoit une barrette de 14 cellules, le lundi après-midi et le vendredi après-midi.

Rotation des barrettes sur le support

Le support porte 2 barrettes :

  1. La barrette du dessous a été greffée 7 jours plus tôt. Elle est retirée, et les cellules terminent leur croissance en couveuse.
  2. La barrette du haut, greffée 3 à 4 jours plus tôt, prend la place de celle qui vient d’être retirée.
  3. La barrette fraîchement greffée est placée en position haute sur le support.
Éleveuses doubles : une colonies pourvoyeuse et une colonie orpheline.

Le rythme de travail : rotation des cadres et gestion du couvain

La conduite des ruches éleveuses exige un calendrier précis pour assurer une production continue et de qualité. Plus la saison avance, et moins on prend du plaisir à faire les rotations. Aux Ruchers de Cocagne, ce travail à lieu le mardi matin, au lendemain du greffage du lundi soir.

L’apport de couvain aux colonies éleveuses.

Pour maintenir une population forte, avec de jeunes abeilles nourrices, dans la colonie éleveuse orpheline, nous introduisons, tous les 15 jours, deux cadres de couvain prélevés dans la colonie pourvoyeuse adjacente. Par ailleurs, chaque semaine, nous vérifions qu’aucune cellule royale « sauvage » ne soit en cours d’élevage, afin d’éviter l’émergence d’une reine vierge qui détruirait les cellules royales en élevage.

Sélection pour l’amélioration des qualités maternelles des souches éleveuses.

Il s’agit d’un mini-programme de sélection sur lequel nous rencontrons des difficultés à assurer un travail régulier. Nous réalisons des croisements avec des souches à gelée royale, retirées de la production, qui acceptent bien mais qui remplissent peu les cellules de gelée. Parallèlement, nous cherchons à conserver les lignées qui élèvent bien et produisent de belles cellules — pas forcément hautes, mais avec une cupule bien remplie de gelée.

Nourrissement et soins sanitaires

Le soutien nutritionnel et l’état sanitaire des colonies sont des facteurs déterminants pour la réussite de l’élevage et pour la qualité des cellules, donc des futures reines.

Un nourrissement protéiné régulier

A nos débuts (période 2005 – 2015)

À chaque introduction de nouveau greffage, nous distribuions aux éleveuses une pâte protéinée que nous produisions nous-mêmes à partir de pollen récolté au printemps et congelé, mélangé à 50% avec du sirop, et auquel nous ajoutions de la levure de bière (ou de boulanger) jusqu’à obtenir une texture onctueuse.

En complément, et selon les conditions de miellée du moment, nous apportions également entre un demi-litre et un litre de sirop dilué ou d’eau mielleuse.

Actuellement

Nous produisons un candi protéiné à base de sucre glace, de sirop chauffé et de levure de bière, avec lequel nous remplissons de grands nourrisseurs occupant l’espace de deux cadres de hausse. Ces nourrisseurs sont préparés en début de saison. En général, deux ou trois nourrisseurs suffisent par an et par colonie éleveuse.

L’avantage du nourrissement au candi réside dans sa capacité à simuler une miellée régulière et modérée. Les abeilles consomment presque immédiatement ce qu’elles prélèvent dans le nourrisseur, sans le stocker.

Traitement contre le varroa

C’est sans doute au niveau des colonies éleveuses qu’il est le plus crucial de maintenir un niveau de charge virale aussi bas que possible. La qualité des futures reines dépend en effet de manière prépondérante de la santé des abeilles nourrices, qui doivent être saines et exemptes de maladies. Par ailleurs, l’apparition rapide de cellules noires peut indiquer la présence de viroses au sein de la colonie éleveuse.

Afin de limiter la pression exercée par le varroa — qui pourrait affaiblir les nourrices et altérer la qualité des cellules royales — les colonies éleveuses ainsi que les colonies pourvoyeuses reçoivent régulièrement de l’acide oxalique par dégouttement, et ce tous les 2 à 3 semaines.

Lire l’article « La Varroose : Fléau de l’Apiculture Moderne »


Présentation des travaux d’élevage en vidéo

La recherche des cadres à greffer dans les colonies souches

Le greffage

La conduite des ruches éleveuses

La production de cellules royales, en système Cloake

Création d’un starter fermé

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