L’hivernage est une période de vulnérabilité pour tout cheptel apicole. Cependant, certains épisodes marquent par leur intensité et leur caractère imprévisible. Retour sur l’épisode de mortalité massive de l’hiver 2010-2011, une étude de cas riche d’enseignements pour la gestion sanitaire des ruchers professionnels.
Nous vous présentons nos observations et analyses à chaud. 15 ans plus tard, notre regard serait sans doute différent.
Constat et contexte : un effondrement brutal
Le 6 décembre 2010, lors des tournées de traitements d’acide oxalique, des mortalités anormales ont été détectées sur un ensemble de 7 ruchers géographiquement proches.
Pourtant, les indicateurs d’octobre étaient excellents :
Un signe avant-coureur avait toutefois été noté en septembre sur la même zone : 60 % de désertion sur les mini-plus.
Symptomatologie : des signes cliniques atypiques
L’examen des colonies mortes a révélé deux types de symptômes distincts, caractéristiques de certains syndromes d’effondrement :
Facteurs observés :
Données statistiques : comparaison des pertes hivernales
La comparaison des bilans hivernaux met en évidence l’anormalité de la saison 2010-2011.
|
Saison |
Nombre de colonies |
Taux de perte global |
Notes |
|---|---|---|---|
|
2009/2010 |
1250 |
~8 % |
Pertes stables (ruches et ruchettes) |
|
2010/2011 |
1570 |
35 % |
Pic à 63 % de mortalité dans certains secteurs |
|
2011/2012 |
1380 |
1,3 % |
Retour à une situation normale |
Analyses effectuées
Face à l’ampleur des dégâts (dépassant 50 % de pertes chez certains apiculteurs voisins en janvier 2011), des prélèvements ont été effectués par le SRAL et l’ADAM.
Les analyses toxicologiques sur les abeilles, le miel et le pollen n’ont pas révélé de polluants à des concentrations létales ou significatives. L’environnement (bois, landes, grandes cultures, vergers) était varié, mais l’absence de vigne sur le secteur excluait certaines molécules spécifiques à cette culture.
Notre regard 15 ans plus tard
Ce dossier rappelle que la mortalité hivernale en apiculture professionnelle est un phénomène multifactoriel. Même avec une gestion rigoureuse (nourrissement, traitement contre le varroa, suivi des réserves), l’interaction entre l’environnement, la génétique et des facteurs pathogènes encore mal identifiés peut fragiliser durablement les colonies.
Depuis cet épisode, nous n’avons jamais été totalement sereins en arrivant sur un rucher. Personne n’ose parler tant qu’on n’a pas ouvert quelques ruches et écarté l’hypothèse d’une nouvelle hécatombe.
L’effet charge virale
Ce qui a changé depuis cet épisode, c’est que nous avons changé de stratégie de lutte contre le varroa. Jusqu’alors, nous suivions les préconisations de l’époque : 2 à 3 passages de thymol en été, et un traitement à l’acide oxalique en goutte-à-goutte en hiver. Nous avons remplacé le thymol par l’amitraze, et nous avons ensuite observé une baisse significative de nos pertes hivernales. Pendant près de 10 ans, nos pertes n’ont pas dépassé 5 %.
Analyse a posteriori.
Aujourd’hui, nous observons l’effet prépondérant des viroses (notamment celles liées à la varroase) sur la santé des abeilles.
Si l’on admet que la santé des colonies dépend principalement de trois facteurs — les ressources en protéines (pollen), les maladies (viroses) et les impacts environnementaux (intoxications) —, les mortalités observées sont sans doute liées à la défaillance des deux derniers piliers.