Lutte contre le Frelon Asiatique : Piégeage et Stratégies

Le frelon asiatique (Vespa velutina nigrithorax) ne cesse d’étendre son aire de répartition en Europe. Après la France, l’Espagne, le Portugal et la Belgique sont désormais massivement touchés. Face à ce prédateur qui menace tant l’apiculture que la biodiversité, les méthodes de lutte évoluent. Entre protection des ruchers et préservation de l’entomofaune, quel est l’état de l’art de la recherche et des pratiques ?


Le débat du piégeage printanier : Efficace ou contre-productif ?

Le piégeage des “fondatrices” (reines sortant d’hivernage) au printemps fait l’objet d’un vif débat entre apiculteurs et naturalistes.

Les réserves des scientifiques

L’INPN (Inventaire National du Patrimoine Naturel) et de nombreux naturalistes mettent en garde contre le piégeage de printemps. Plusieurs arguments sont avancés :

  • Faible taux de succès naturel : Moins de 5 % des reines fondatrices parviennent naturellement à créer un nid viable.
  • Risque pour la biodiversité : Les pièges alimentaires classiques ne sont pas sélectifs. De nombreuses espèces d’insectes, parfois rares, sont capturées inutilement, notamment à proximité des cours d’eau.
  • Effet contre-productif : Une lutte irraisonnée peut paradoxalement favoriser l’installation de l’espèce en éliminant la compétition entre reines pour les sites de nidification.
frelon asiatique posé sur une feuille
Frelon asiatique

L’évolution vers la protection du rucher

Selon les dernières orientations de l’ITSAP (Institut de l’abeille), la priorité se déplace du “piégeage de masse” vers la protection ciblée des ruchers en fin d’été et en automne, période où la pression de prédation est maximale et impacte directement la survie hivernale des colonies.


Innovations : Vers un piégeage sélectif et phéromonal

Pour limiter l’impact sur l’environnement, la recherche s’oriente vers des solutions technologiques et biochimiques plus précises.

La recherche sur les phéromones (CNRS / INRAE)

Le CNRS et l’INRAE travaillent activement sur l’identification de phéromones attractives spécifiques au frelon asiatique. L’objectif est de mettre au point un appât qui n’attirerait que Vespa velutina, épargnant ainsi les autres insectes pollinisateurs. Des expérimentations pionnières, comme celles conduites en Aquitaine dès 2008 par L. Gandillet et J-P. Vincent, ont ouvert la voie à l’utilisation des phéromones des fondatrices pour un piégeage plus “propre”.

Nouveaux dispositifs physiques

En complément de la chimie, des solutions physiques comme les muselières de ruches ou des pièges équipés de cônes sélectifs (type Jabeprode) permettent de laisser s’échapper les petits insectes tout en gardant prisonniers les frelons.


Le frelon asiatique : une menace persistante pour la biodiversité et l’apiculture

Un article du Monde révèle les travaux du CNRS pour développer des phéromones attractives et spécifiques au frelon asiatique (Vespa velutina). Contrairement aux prévisions, le déclin des populations de frelons asiatiques, attendu en raison de la consanguinité, ne s’est pas produit. Bien au contraire, cet envahisseur continue d’étendre son territoire en Europe : après la France, l’Espagne, le Portugal et la Belgique sont désormais concernés.

Ce superprédateur représente une menace majeure pour les apiculteurs et les insectes sauvages, perturbant gravement les écosystèmes. Face à cette expansion, le piégeage s’impose comme une solution indispensable. Cependant, les pièges alimentaires classiques manquent de sélectivité et peuvent nuire à d’autres espèces d’insectes.

Pour répondre à ce défi, le CNRS travaille sur une méthode innovante : la mise au point de phéromones ciblées, permettant un piégeage sélectif et efficace des frelons asiatiques. Une avancée prometteuse pour limiter leur impact sur l’environnement.


Pourquoi le frelon asiatique résiste-t-il si bien ?

Malgré un haut niveau de consanguinité observé lors de son introduction, le déclin biologique espéré n’a pas eu lieu. Le frelon a fait preuve d’une capacité d’adaptation exceptionnelle au climat européen. La recherche actuelle souligne que le recours au piégeage alimentaire, bien qu’imparfait, reste parfois une nécessité locale pour limiter la prédation immédiate sur l’environnement et les ruchers, à condition d’être encadré.


Le Regard des Ruchers de Cocagne sur le Frelon Asiatique et les Moyens de Lutte

Comme de nombreux apiculteurs, nous subissons des pertes de colonies liées aux frelons asiatiques, en particulier sur les ruchers situés à proximité des rivières ou sur ceux abritant des nuclei (micro-colonies). Alors que ce problème n’était pas une préoccupation majeure pour nous jusqu’à récemment, la pression s’est considérablement intensifiée ces dernières années.

Nos Méthodes de Piégeage Actuelles

Pour limiter les dégâts, nous piégeons les fondatrices dès le début du mois de mars, en utilisant des mélanges à base d’alcool (bière, sangria) et de sirop sucré (cassis ou autre). Cependant, nous constatons que :

  • Ces pièges capturent également des abeilles si le mélange est trop sucré.
  • Ils attirent de nombreux autres insectes, ce qui pose un problème écologique et éthique.

Cette situation ne nous convient pas, car elle va à l’encontre de notre volonté de préserver l’entomofaune. Nous souhaitons vivement que davantage d’expérimentations soient menées pour limiter notre impact environnemental tout en luttant efficacement contre le frelon asiatique.

La Loi du 14 Mars 2025 : Un Pas en Avant, mais des Incertitudes Persistent

Une loi visant à endiguer la prolifération du frelon asiatique et à préserver la filière apicole a été votée à l’Assemblée nationale le 14 mars 2025. Cependant, sa promulgation prend du retard, ce qui retarde sa mise en application.

Nous espérons que :

  • Un piégeage généralisé, s’il est mis en place, ne causera pas plus de dommages à l’environnement qu’il n’apportera de solutions aux apiculteurs.
  • Un suivi rigoureux de l’impact de ces piégeages sera réalisé, afin d’évaluer leur efficacité réelle et leur influence sur la biodiversité.

La Varroase, l’Ennemi Majeur

Pour nous, l’ennemi principal des abeilles domestiques reste la varroase. Nous regrettons de ne pas bénéficier d’un soutien suffisant de la part de la recherche et des centres d’expérimentation pour améliorer rapidement cette situation. Malgré les efforts déployés, les solutions restent limitées et les avancées trop lentes face à l’urgence.

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