Partitions et isolants réfléchissants : optimiser la thermorégulation des ruches

Les ‘partitions chaudes’ construites avec des isolants réfléchissants, popularisés par Marc Guillemain (apiculteur-éleveur en Bourgogne), révolutionnent la gestion thermique des ruches. Cette technique, validée par des années de pratique et des études scientifiques, permettent de réduire la consommation de miel en hiver, stimuler le développement printanier et protéger les colonies des chocs thermiques.


Mode d’action des partitions

Une innovation reconnue

Marc Guillemain a présenté ses partitions “hautes performances” en 2007 lors des journées ANERCEA (Association Nationale des Éleveurs de Reines et des Conservateurs d’Essaims d’Abeilles). Depuis, cette méthode s’est répandue, y compris en Ukraine, où elle a été récompensée en 2011 par la Médaille d’or “Pour le rucher rentable” (source : Ambassade d’Ukraine en France).

Sous climat très chaud et sec, les ‘partitions chaudes’ ont été également adoptées pour thermoréguler les colonies. C’est le cas de Dominique Micheletto, à Chypre.

Comment ça marche ?

  • Effet miroir : L’aluminium réfléchissant (ou matériaux équivalents comme le Mylar) renvoie jusqu’à 90 % du rayonnement infrarouge émis par la grappe d’abeilles vers l’intérieur de la ruche (source : étude sur la thermorégulation des ruches, Apidologie, 2018).
  • Réduction des déperditions : Limite la condensation et les pertes de chaleur, surtout en hiver et au début du printemps, périodes critiques pour la survie des colonies.
  • Économie de ressources : Diminue la consommation de miel (jusqu’à 20 % en moins, selon les retours terrain de l’ITSAP-Institut de l’abeille).

Mise en œuvre pratique

Où et quand installer les partitions ?

Type de colonie

Positionnement

Période d’utilisation

Faible (5-6 cadres)

Au ras de la grappe (cadres vides à l’extérieur)

Octobre à mars (hors floraison précoce)

Forte (8 cadres et +)

En cadres de rives

Novembre à avril

Essaims/nuclei

Partitions légères (aluminium seul)

Toute l’année (sauf été caniculaire)

Retrait : À la floraison du colza (avril-mai) pour éviter l’essaimage précoce et laisser de l’espace à la ponte.

Matériaux utilisés pour la fabrication des partitions

  • Version “haute performance” (climats froids) :
  • Cœur : Polystyrène extrudé (épaisseur 2-3 cm) ou Isorel (liège aggloméré, écologique).
  • Revêtement : Feuille d’aluminium ou Mylar (plus résistant).
  • Version “légère” (climats tempérés) :
  • Aluminium seul (épaisseur 0,5 mm), plié en accordéon pour rigidité.
  • Avantage : Rapidité de fabrication et coût réduit (≈ 2-3 €/partition).

Isolation des têtes de cadres : un complément indispensable

C’est sans doute l’isolation prioritaire, avant l’utilisation des partitions latérales.

Pourquoi isoler le haut de la ruche ?

  • Réduction des ponts thermiques : Les ruches divisibles ou maxi+ (avec cadres hausses) sont particulièrement exposées aux déperditions par le toit.
  • Bénéfices mesurés :
  • −15 % de consommation de réserves en hiver (étude CRA-Wallonie, 2020).
  • Meilleur dynamisme printanier : Les colonies démarrent la ponte 10 à 15 jours plus tôt (retour d’expérience de l’UNAF).
  • Préservation de la qualité du miel : Limite l’élévation du taux de HMF (hydroxyméthylfurfural) en été.

Matériaux testés et utilisés pour l’isolation sur les têtes de cadre.

Matériau

Avantages

Inconvénients

Coût (pour 10 ruches)

Aluminium + mousse

Légèreté, efficacité thermique

Sensible aux rongeurs

50-70 €

Liège (10 mm)

100 % naturel, durable

Poids

80-100 €

Polystyrène + film

Isolation maximale

Polluant (à éviter si possible)

30-50 €


Résultats et retours terrain

Données chiffrées

  • Survie hivernale : +12 % de colonies survivantes en zone froide (Ukraine, Canada) (étude comparative, 2019).
  • Développement printanier : Grappe 20 % plus large dès mars (mesures de l’Observatoire Français d’Apidologie).
  • Réduction des maladies : Moins de nosémose grâce à une grappe plus compacte.

Pour aller plus loin

Étude scientifique : “Thermoregulation in Honey Bee Colonies”, Apidologie, 2018.

Lire l’article original de Marc Guillemain, paru dans Info Reine, 2007.


Le regard des Ruchers de Cocagne sur les partitions chaudes réfléchissantes

Depuis plus de quinze ans, les Ruchers de Cocagne intègrent systématiquement des partitions réfléchissantes dans toutes leurs colonies, qu’il s’agisse de ruches, ruchettes, divisibles ou maxi+. Les résultats sont sans appel : une réduction significative des pertes hivernales, en particulier pour les petites colonies, et un redémarrage printanier dynamique et précoce. De plus, tous nos nuclei sont équipés de couvertures chaudes sur les têtes de cadres, renforçant ainsi leur résistance aux variations thermiques.

Attention aux rongeurs : Les souris et mulots ont rapidement compris l’intérêt des matériaux réfléchissants pour leurs propres nids. En début d’hiver, il est crucial d’équiper les entrées des ruches de réducteurs d’entrée pour éviter les intrusions indésirables.

Une fierté partagée : Nous avons publié notre premier article sur cette technique en 2008, suite à des échanges enrichissants avec Marc Guillemain lors des Journées d’Études de l’ANERCEA. Selon lui, la diffusion de ses travaux sur internet a marqué un tournant, permettant à ses innovations d’être enfin reconnues et adoptées à grande échelle.

Remerciements à Marc Guillemin

Dominique Micheletto nous a dit un jour :

Quand j’arrivais sur un rucher, j’avais systématiquement une pensée pour le frère Adam. Maintenant, j’en ai une pour le frère Adam et une autre pour Marc Guillemin.

Marc Guillemain (1951-2022), apiculteur passionné et innovant basé dans l’Yonne, a marqué l’apiculture française et internationale par ses recherches sur la thermorégulation des ruches. Malgré un handicap suite à un accident de moto à 19 ans, il a développé des techniques révolutionnaires, comme les partitions réfléchissantes, qui ont permis d’améliorer significativement la survie des colonies en hiver et leur productivité. Son approche, centrée sur le bien-être des abeilles et l’optimisation des pratiques apicoles, a inspiré de nombreux apiculteurs à travers le monde. Reconnue en Ukraine pour ses contributions, son œuvre continue d’influencer les pratiques apicoles modernes.

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