En septembre 2012, une étude publiée dans la revue Food and Chemical Toxicology par l’équipe du biologiste Gilles-Eric Séralini de l’université de Caen a provoqué une onde de choc mondiale. L’article, relayé notamment par Le Monde, suggérait une toxicité chronique chez le rat d’un maïs génétiquement modifié (le NK603 de Monsanto) et de l’herbicide associé, le Roundup, même à faible dose. Dix ans plus tard, que reste-t-il de cette controverse et que nous disent les recherches scientifiques actuelles sur la question des OGM et des pesticides ?
L’Étude Séralini de 2012 : Un Pavé dans la Mare
Un Protocole Inédit et Ambitieux
L’étude dirigée par le Pr Séralini se distinguait par un protocole expérimental d’une ampleur inégalée pour ce type de recherche :
Des Résultats Alarmants
Les conclusions de l’équipe du Pr Séralini étaient particulièrement inquiétantes :
- Mortalité accrue : Une mortalité prématurée a été observée chez les groupes traités, atteignant jusqu’à 50 % des mâles et 70 % des femelles nourris avec l’OGM, contre 30 % et 20 % respectivement dans le groupe témoin.
- Tumeurs : Les femelles développaient des tumeurs mammaires plus fréquemment et plus tôt que les témoins.
- Troubles hépatiques et rénaux : Les mâles présentaient des congestions et nécroses du foie 2,5 à 5,5 fois plus fréquentes, et des atteintes rénales sévères 1,3 à 2,3 fois plus nombreuses.
Un point clé de l’étude était l’absence de proportionnalité dose-réponse pour de nombreux effets, un phénomène caractéristique des perturbateurs endocriniens.
La Tempête Médiatique et Scientifique
La publication de ces résultats a déclenché une tempête médiatique et une vive controverse au sein de la communauté scientifique. L’étude a été critiquée pour :
Face à la pression, l’article a été retiré par Food and Chemical Toxicology en 2013, une décision contestée par les auteurs qui l’ont republié dans une autre revue, Environmental Sciences Europe, en 2014, rendant ainsi les données brutes accessibles à la communauté scientifique.
Les Contre-Études et les Nouvelles Données de la Recherche
Suite à l’affaire Séralini, plusieurs grands projets de recherche publics européens ont été lancés pour tenter de reproduire les résultats et d’apaiser la controverse.
Les Projets Européens GRACE, G-TwYST et GMO90+
Ces études, menées sur des périodes allant de 90 jours à deux ans (pour G-TwYST), avec des protocoles standardisés et des effectifs plus importants, ont été publiées entre 2016 et 2019.
Un Débat qui se Déplace : Le Cas du Glyphosate
Si les craintes concernant la toxicité directe du maïs NK603 lui-même semblent s’être atténuées au vu des grandes études de réplication, l’attention s’est fortement reportée sur l’herbicide associé, le Roundup, et sa molécule active, le glyphosate.
Le Pr Séralini avait émis l’hypothèse que les effets observés pouvaient être dus à la fois à l’OGM et à l’herbicide, ce dernier agissant potentiellement comme perturbateur endocrinien.
L’Héritage de l’Affaire Séralini
Au-delà de la controverse scientifique, l’étude du Pr Séralini a eu un impact durable :
L’étude de 2012 sur le maïs NK603 a marqué un tournant dans le débat sur les OGM et les pesticides. Si les grandes études de réplication européennes n’ont pas validé les résultats alarmants concernant la toxicité du maïs NK603, l’affaire a catalysé une réflexion profonde sur les méthodes d’évaluation des risques, la transparence des données et les effets potentiels des pesticides sur le long terme. Aujourd’hui, la recherche se concentre davantage sur les effets des herbicides associés aux cultures OGM tolérantes, comme le glyphosate, et sur la complexité des expositions multiples et des effets à faible dose, domaines où les incertitudes scientifiques demeurent.