Le programme de sélection aux Ruchers de Cocagne

Notre programme de sélection est basé sur l’approche généalogique. Les reproducteurs ne sont pas notés sur leurs propres comportements, mais sur celui de leurs descendants. Autrement dit, les meilleures reines ne sont pas nécessairement les plus belles, mais celles qui donnent les meilleures filles.

Les bases de notre schéma de sélection

La mise en place d’un programme de sélection généalogique représente une gestion lourde, qui repose avant tout sur 2 éléments clés, la traçabilité des reines et le testage du plus grand nombre de colonies possible.

  • Concernant le suivi généalogique, il est impératif de connaître l’origine de chacune de reines en testage. Grâce à notre système d’identification, nous apposons sur la ruche une étiquette avec des informations sur le greffage : la date et le nom de souche greffée.
  • Concernant le testage, il nous faut un grand nombre de colonies pour avoir le plus de données possibles à analyser pour chacune de nos lignées souches.
  • La puissance de notre sélection repose sur la taille de notre réseau de testage, environ 200 ruches et 200 divisibles. C’est très peu. Depuis 2018, 2 autres apiculteurs du Tarn nous ont rejoint et nous avons créé le groupe ‘OCAPI’ pour ajouter des colonies au dispositif de testage. Et notre objectif dans années à venir, serait de doubler ou tripler le nombres de colonies tester grâce à des saisies automatisées via QrCOde.
  • En complément, quand nous disposons de suffisamment de temps au printemps, nous mettons en place du testage sur petites colonies en MaxiPlus. En 2013, nous avons mis en place 2 ruchers de 100 micro-colonies.
Étiquette de traçabilité des reines, depuis le greffage et étiquette QrCode pour facilité l'enregistrement de données au rucher
Identification des ruches par QrCode et des colonies par étiquette de traçabilité, dans le cadre de notre programme de sélection généalogique.
Lire l’article sur les différentes méthodes de sélection

Les différents programmes conduits sur l’exploitation

Nous conduisons 3 programmes,

  • Le programme principale, c’est la sélection d’abeilles de type ‘Buckfast’, destinée à la production du miel. Nous inséminons plus de 150 reines chaque année dans le cadre de sélection. Et nous avons environ 400 colonies qui participent au testage, pour générer les observations nécessaires à la sélection/
  • Le programme d’amélioration de la production de gelée royale. Mis en place il y a une dizaine d’années, nous inséminons plus de 100 reines chaque année. Le testage est réalisé à chaque levée : pour chaque colonie, on mesure la quantité de gelée conduite, le taux d’acceptation et le remplissage moyen par cupule. Chaque reine en production est une reine inséminée et elle peut rentrer dans le plan de sélection.
  • Le dernier programme est marginale. Il vise à améliorer la performance de nos éleveuses en sélection de caractère ‘maternelle’ des abeilles et leur propension à faire jolies cellules.

A quoi ressemble notre programme de sélection pour la production de miel ?

Le piège fréquent lors qu’on veut se lancer dans une démarche de sélection, c’est de vouloir tout noter. A trop vouloir en faire, on ne fait souvent rien de bien. Les notations sont chronophages, et la saison apicole ne laisse pas beaucoup de temps pour des extras.

En ce qui nous concerne, nous avons limiter nos notations aux éléments suivants :

  • Pesée des récoltes,
  • Note des réserves en sortie d’hiver,
  • Note du dynamisme des colonies en sortie d’hiver,
  • Note sur la gestion des réserves au printemps et en période climatique difficile,
  • Note de la propension à l’essaimage.

Le point faible de notre programme : nous ne sommes pas en capacité d’intégrer une observation sur la varroase. Il nous faut un test simple pour appréhender la charge virale de chacune des colonies en testage. Les analyses PCR sont trop chères pour l’instant. On recherche un test prédictif qui soit un tant soit peu corrélé avec les charges virales.

Le réseau de testage :

Jusqu’en 2025, nous suivions 400 colonies en testage, en ruches et en divisibles. Dans le groupe ‘Ocapi’, nos collègues en suivaient 100 à 200 chacun.

A partir de 2026, nous équipons l’intégralité de nos ruches avec des QrCodes, dont l’objectif de suivre la quasi totalité de notre cheptel. Augmenter la quantité de données analysées doit nous permettre d’accroître notre pression de sélection et d’accélérer le progrès génétique.

L’analyse des données et le calcul des AGC :

Pour répondre aux contraintes de l’activité et à la petite taille de notre réseau de testage, nous travaillons de la façon suivante :

  • Pour chaque notation ou pesée, nous la comparons à la moyenne du rucher. Par exemple, pour le critère ‘Dynamisme’, la ruche-A est notée ‘2’ et la ruche-B est notée ‘3’. Si la moyenne du rucher est de ‘2,9’, la valeur de la ruche-A sera de ‘-0,9’ (soit -31%) et la valeur de la ruche-B sera de ‘+0,1’ (soit +3,4%).
  • Nous agrégeons les moyennes des pourcentages par lignée. Par exemple, pour le critère ‘Production de miel’, la lignée ‘B240’ sortira en moyenne supérieure de ‘+12%’ par rapport à la moyenne des moyennes de rucher.
  • Nous remontons la performance sur les parents. Dans l’exemple du dessus, on estimera que la moitié de la valeur est due à la lignée maternelle et l’autre moitié à la lignée paternelle, soit ‘+6%’ à chacune.
  • Il ne nous reste plus qu’à repérer, soit caractère par caractère ou dans une note agrégeant l’ensemble des caractères (notion d’index déterminant la valeur génétique d’une lignée), les lignées les plus performantes, et de les croiser entre elles la saison suivante.
Ce diagramme illustre le processus d’évaluation de l’Aptitude Générale à la Combinaison (AGC) dans un programme de sélection génétique apicole. Il montre comment différentes reines (A, B, C), issues de lignées distinctes, sont croisées avec un groupe de mâles testeurs standard. Les performances des “Colonies Filles” résultantes (production de miel, qualité du couvain, douceur, etc.) sont mesurées pour calculer un Score AGC Moyen pour chaque reine mère. Ce score reflète la capacité génétique de la reine à transmettre des caractéristiques supérieures à sa descendance, la Reine B étant ici mise en avant pour son potentiel élevé.

Le programme de sélection pour la production de gelée royale

Au début de son activité de production de gelée royale, Fabienne s’est appuyée sur la génétique transmise par des adhérents du GPGR. Par la suite, elle a régulièrement acheté des géniteurs auprès de la famille LEG. Depuis une dizaine d’années, nous avons mis en place un plan de sélection généalogique basé sur l’amélioration de deux critères simples :

  • Le taux d’acceptation au greffage,
  • La quantité de gelée royale par cupule.

Avantages de la sélection pour la gelée royale
La sélection génétique est plus simple pour la production de gelée royale que pour celle de miel. En effet, il s’agit d’une sécrétion endogène dans le premier cas, contre une collecte externe dans le second.
Un point clé : à chaque levée, les cellules sont comptées et les lattes sont pesées, ce qui permet d’analyser un volume important de données.

Résultats concrets
L’amélioration génétique est perceptible, toutes choses égales par ailleurs. Si le taux d’acceptation s’améliore progressivement, c’est surtout le remplissage des cellules qui montre les progrès les plus tangibles.
Et plusieurs apiculteurs voisins, producteurs de gelée royale, nous achètent des reines chaque année pour renouveler leur cheptel. Bien qu’ils ne pèsent pas systématiquement les lattes à chaque levée, ils constatent une augmentation régulière de leurs rendements d’une année sur l’autre.

Mesure du taux d’acceptation dans le programme de sélection Gelée Royale : c’est le nombre de cellules contenant de la gelée par rapport au nombre de cellules initialement greffées.
Mesure de la quantité produite par cupule dans le programme de sélection Gelée Royale : c’est la quantité le poids de la gelée de la latte après délarvage para rapport au nombre de cellules acceptées.

L’insémination au cœur du programme de sélection

L’insémination artificielle est l’outil le plus efficace pour réaliser des croisements en sélectionnant précisément les mâles. Chaque année, nous inséminons encore entre 150 et 200 reines.
Pour en savoir plus sur le mode opératoire et la gestion de la production de reines inséminées, vous trouverez des informations détaillées dans les articles suivants :

Lire l’article sur « La production de reines inséminées »

Lire l’article sur « La Technique de l’Insémination Artificielle des Reines »

Notre nomenclature pour la classification des reines inséminées.

Par consanguinité, nous cherchons à fixer les caractères des lignées élites. Ensuite nous croisons chacune d’elles avec plusieurs lignées connues (testeurs) pour estimer l’Aptitude Générale à la Combinaison. Pour suivre les générations, il est convenu d’utiliser la nomenclature suivante :

  • F0 pour les reines inséminées,
  • F1 pour leurs filles,
  • F2 pour les petites-filles (généralement issues de remerrages).

A notre sens cette classification n’est pas pertinente pour au moins pour 2 remarques :

  • Une F0 naît tout d’abord F1/liste
  • Une reine F2 peut être une excellente reine si elle a été fécondée dans un zone saturée par des mâles génétiquement intéressants.

Nous privilégions une classification basée sur le taux de consanguinité, qui permet d’évaluer la valeur attendue en termes de dynamisme des colonies. Dans notre schéma de sélection, nous distinguons trois générations de reines :

  1. Les reines de prébase : ce sont des lignées en cours de fixation, notamment par croisements consanguins,
  2. Les reines de base : obtenues par le croisement instrumental de 2 reines de prébase complémentaires,
  3. Les reines de production : reines issues des reines de base, et fécondées naturellement en nuclei.

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