Introduction des reines fécondées : optimiser le taux d’acceptation

Introduction d'une reine fécondée

L’introduction d’une reine fécondée est une opération délicate, toujours source de stress. Cela est d’autant plus vrai s’il s’agit de reines inséminées. Bien que la qualité intrinsèque de la reine joue un rôle certain, l’échec provient le plus souvent de la technique employée, de l’état de la ruche réceptrice et des conditions au moment de l’introduction.

Un taux d’acceptation de “100 %” n’existe pas en apiculture, sauf peut-être sur de petites séries et dans des conditions très spécifiques. Il n’est pas rare qu’en reproduisant exactement ce que l’on croyait parfait, les taux d’acceptation de la série suivante s’avèrent très décevants. En revanche, le “0 %”, ça arrive… et c’est toujours très douloureux.

Un objectif raisonnable est d’obtenir un taux de réussite supérieur à 90 %. S’il n’existe pas de recette miracle, nous partageons avec vous nos observations pour mettre toutes les chances de votre côté.

Les clés d’une introduction réussie

L’acceptation d’une nouvelle reine est un subtil équilibre phéromonal. Certains facteurs favorisent cette transition, tandis que d’autres la condamnent d’avance.

Les points communément admis

Ce qui pénalise l’acceptation :

  • La génétique : Introduire une reine Buckfast dans une colonie très agressive (souvent de souche locale ou croisée).
  • La saison : Tenter l’opération en pleine période d’essaimage (avril/mai) quand les abeilles ont déjà la tête ailleurs.
  • La démographie : Une trop forte proportion de vieilles abeilles (les butineuses sont les plus réfractaires au changement).

Ce qui favorise l’acceptation :

  • La génétique : Introduire une nouvelle reines dans une colonie douce, de type Buckfast.
  • Le calendrier : Opérer en fin de saison.
  • L’état du couvain : L’absence totale de couvain ouvert (les abeilles ne peuvent plus élever de reines par elles-mêmes).
  • La jeunesse : Une colonie composée majoritairement de jeunes abeilles (plus dociles).
  • Le nourrissement : Un apport de sirop au moment de l’introduction réduit le stress et stimule l’acceptation.

L’effet cagette

Il existe une très grande diversité de cagette. Elles peuvent avoir

1. La Cagette Nicot

C’est la référence universelle. En plastique alimentaire, elle est légère, robuste et pensée pour être multifonction.

  • Avantages :
  • Prix imbattable : Quelques centimes l’unité.
  • Praticité : Double compartiment (reine/accompagnatrices et réserve de candi).
  • Sécurité : La languette de protection du candi permet une introduction en deux temps (mise en contact phéromonale puis libération).
Cagette d'expédition et d'introduction
Cagette Nicot pour l’introduction de reines fécondées
cage d'introduction de reines et bois et grillage
Cage d’introduction en bois surface grillagée.

2. La Cagette en bois et grillage

Elle est souvent utilisée par les éleveurs de reines de sélection.

  • Avantages :
  • Régulation thermique : Le bois est un meilleur isolant que le plastique en cas de coup de chaud ou de froid durant le transport.
  • Meilleure accroche : Les abeilles réceptrices s’agrippent mieux au grillage métallique, favorisant les échanges par trophallaxie (nourrissement bouche-à-bouche).

3. La Cage à ponte sur couvain

Cette cage se fixe directement sur un cadre de couvain naissant. Bien que cette méthode soit plus contraignante à mettre en œuvre, elle est sans doute l’une des plus fiables en matière d’acceptation. Elle est utilisée par des producteurs de gelée royale qui nous achètent des reines, et les taux d’acceptation qu’ils annoncent sont vraiment impressionnants.

  • Avantages :
  • Taux de réussite très élevé : La reine commence à pondre immédiatement dans des cellules vides. Elle est entourée de jeunes abeilles qui naissent sous la cage et qui l’acceptent d’office comme leur mère.
  • Phéromones : Quand vous libérez la reine 48h plus tard, elle sent déjà la “reine en ponte”, ce qui stoppe l’agressivité des ouvrières.
Cade d'introduction sur couvain
Cage d’introduction sur couvain.

Et quid des accompagnatrices ?

Une des grande question est : faut-il garder les accompagnatrices ou les remplacer par quelques abeilles de la colonie en attente de remerrage ?

Les changer, c’est prendre le risque de commettre une erreur de manipulation ou d’introduire une abeille agressive dans la cagette, qui pourrait s’attaquer à la reine. En revanche, ne pas les changer, c’est augmenter la taille du greffon exogène, ce qui peut agacer les abeilles. Celles-ci pourraient alors tenter de tuer les abeilles du greffon et, bien souvent, s’en prendre aussi à la reine.

Notre regard sur l’introduction des reines

L’enjeu de l’introduction est de réussir les premiers contacts entre la nouvelle reine et les abeilles de la colonie. Il est essentiel que les abeilles la prennent en charge, la nettoient, la nourrissent et collectent ses phéromones pour les diffuser par trophallaxie à toute la colonie.
Quand on dit qu’une reine n’a pas été acceptée ou que les abeilles ont rejeté la reine, on commet souvent une erreur d’interprétation. Il peut arriver que les abeilles se ruent sur la reine, l’enveloppent et la tuent. Cependant, il ne faut pas oublier qu’il suffit d’une seule abeille trop zélée pour que l’introduction échoue. Et c’est précisément ce qu’on observe : des abeilles qui entrent en contact paisiblement avec la reine, tandis qu’une furieuse tente de lui arracher une patte ou de la piquer.

Nous utilisons quasi exclusivement les cagettes Nicot, y compris pour l’introduction de nos reines inséminées, qui commencent à pondre dans leur nucleus. Nous les trouvons très pratiques, faciles à utiliser et rapides à installer dans la colonie. Le risque principal reste de ne pas être suffisamment attentif lors de la fermeture de la glissière, ce qui peut blesser la reine si elle tente de sortir ou si elle laisse échapper une patte.

reine inséminée artificielle en ponte sur un cadron de couvain et d'abeilles.
Contrôle d’acceptation de la reine fécondée : introduction réussie.

Voici notre méthode pour introduire nos reines inséminées. Sur 200 reines inséminées chaque année, nous en perdons facilement une dizaine lors de l’introduction. La moitié est tuée à la sortie de la cagette, tandis que l’autre moitié est blessée — souvent une patte arrachée. Nous savons que l’utilisation de cages d’introduction sur couvain naissant réduirait peut-être ces pertes à seulement 2 ou 3 accidents par an. Cependant, en pleine saison, il faut aller vite et on le regrette après coup !

  • Nous préparons de tout petits essaims sur cadre de hausse, composés de seulement deux cadres, contenant du couvain et des réserves. Il est essentiel d’avoir suffisamment de couvain ouvert pour maintenir les nourrices sur les cadres et éviter qu’elles ne désertent.
  • Les Maxiplus sont nourris avec un peu de candi si les réserves sur les cadres introduits sont insuffisantes.
  • Les reines sont récoltées dans des cagettes Nicot, accompagnées de quelques abeilles. Elles sont introduites le soir même ou le lendemain matin. À ce moment-là, la reine change de cagette : ses accompagnatrices lui sont retirées, et une petite quantité de candi est placée devant l’orifice de sortie pour que sa libération soit rapide.
  • La cagette est ensuite collée entre deux cadres, au fond de la ruche. Dans cette configuration, la reine peut facilement se protéger en cas d’agressivité. Elle dispose d’un côté de la cagette pour échanger par trophallaxie avec les nourrices.
  • L’acceptation est vérifiée 5 à 6 jours plus tard. Une vérification trop précoce, avant que la reine n’ait repris sa ponte, risque de provoquer une attaque par emballement alors que tout se passait bien jusqu’alors. Les abeilles orphelines sont en effet beaucoup plus nerveuses.

Le retour sur nos années de pratique

Ce que nous observons, c’est que tout ce qui perturbe la colonie augmente le risque d’échec lors de l’introduction, comme un nourrissement au sirop ou, pire encore, un pillage. Pour maximiser les chances de réussite, il est préférable d’intervenir dans un rucher aussi calme que possible, sur des ruches elles-mêmes tranquilles quoique orphelines.

L’analyse de nos échecs :
  • Nourrir au sirop : Cela simule une miellée forte, ce qui peut énerver la colonie et celles qui se trouvent à proximité.
  • Choisir des ruchers problématiques : Évitez les zones soumises à une forte pression de frelons ou à une surdensité de ruches (risque accru de pillage).
  • Intervenir aux heures de grande activité : Privilégiez les moments les plus calmes, juste avant la nuit ou au petit matin.
  • Perturber la colonie : Évitez les ouvertures répétées pour suivre la libération de la reine.
  • Travailler sur des essaims trop grands ou âgés : Préférez des essaims les plus petits possible, avec des abeilles jeunes.
  • Essaims orphelins depuis trop longtemps : Ne pas introduire de reines fécondées si l’orphelinage est prolongé (absence de jeunes abeilles, risque de ponte par les ouvrières). Dans ce cas, privilégiez une reine vierge (cf. article).
  • Colonies agressives : Évitez d’introduire des reines fécondées dans des colonies très agressives. Une introduction de cellules royales peut être tentée.
  • Colonies malades (viroses ou autres) : Leur taux d’acceptation des reines fécondées est plus faible. Réservez ces reines aux nouveaux essaims ou au remerrage de colonies en excellente santé.
  • Cires anciennes : Les colonies sur de vieilles cires noires semblent moins bien accepter les reines. Plusieurs hypothèses :
  • Y a-t-il un lien entre les vieilles cires et l’état sanitaire de la colonie (comme évoqué précédemment) ?
  • Les cires elles-mêmes contiennent-elles des substances qui augmentent l’hostilité des abeilles ?

Test de la cagette sur les têtes de cadres

Pour vous assurer que la colonie est bien orpheline et que la reine est attractive, effectuez le test suivant :

  • Posez la cagette sur les têtes de cadres, sans ouvrir la languette d’accès au candi.
  • Utilisez un nourrisseur couvre-cadre retourné pour créer un espace vide au-dessus du corps.
  • Note canicule : S’il fait très chaud et que votre couvre-cadre est mal isolé, insérez plutôt la cagette entre deux cadres pour éviter le coup de chaud.

Verdict : Il est essentiel que les abeilles forment une boule autour de la cagette. Vous pouvez alors casser la languette et placer la cagette entre deux cadres, de préférence collée contre un bord de la ruche. Cette position permet à la reine de se protéger des abeilles trop impatientes, qui pourraient tenter de la tirer par les pattes pour hâter sa sortie.

Test d'acceptation de la reine avant son introduction dans la nouvelle colonie.
Test d’acceptation d’une reine en posant la cagette sur les têtes de cadre de la colonie orpheline avant introduction.
L’erreur fatale : La curiosité prématurée

Pourquoi attendre ?
À l’ouverture de la ruche, le stress provoque une perturbation phéromonale. Les abeilles, dans un réflexe de panique, peuvent “emballer” la reine (former une boule serrée pour l’étouffer). Même si vous intervenez à l’enfumoir, la reine en ressortira souvent blessée ou affaiblie.

C’est ici que beaucoup d’apiculteurs perdent leur reine. Attendez au minimum 6 jours avant d’ouvrir la ruche pour vérifier la ponte. Il faut que la reine soit de nouveau en plein ponte.


Questions fréquentes et diagnostics

Observation

Diagnostic

Action

Les abeilles ignorent la cagette

Présence probable d’une autre reine (vierge ?)

Vérifier la colonie avant de libérer la nouvelle reine.

La reine pond, puis est tuée après 2 semaines

Colonie trop agressive / rejet génétique

Éviter d’introduire des lignées trop éloignées dans des souches agressives.

La cagette est vide mais pas de ponte

Reine non acceptée ou perdue lors du vol

Vérifier la présence de cellules royales de sauvetage.

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