L’introduction d’une reine fécondée est une opération délicate, toujours source de stress. Cela est d’autant plus vrai s’il s’agit de reines inséminées. Bien que la qualité intrinsèque de la reine joue un rôle certain, l’échec provient le plus souvent de la technique employée, de l’état de la ruche réceptrice et des conditions au moment de l’introduction.
Un taux d’acceptation de “100 %” n’existe pas en apiculture, sauf peut-être sur de petites séries et dans des conditions très spécifiques. Il n’est pas rare qu’en reproduisant exactement ce que l’on croyait parfait, les taux d’acceptation de la série suivante s’avèrent très décevants. En revanche, le “0 %”, ça arrive… et c’est toujours très douloureux.
Un objectif raisonnable est d’obtenir un taux de réussite supérieur à 90 %. S’il n’existe pas de recette miracle, nous partageons avec vous nos observations pour mettre toutes les chances de votre côté.
Les clés d’une introduction réussie
L’acceptation d’une nouvelle reine est un subtil équilibre phéromonal. Certains facteurs favorisent cette transition, tandis que d’autres la condamnent d’avance.
Les points communément admis
Ce qui pénalise l’acceptation :
Ce qui favorise l’acceptation :
L’effet cagette
Il existe une très grande diversité de cagette. Elles peuvent avoir
1. La Cagette Nicot
C’est la référence universelle. En plastique alimentaire, elle est légère, robuste et pensée pour être multifonction.
2. La Cagette en bois et grillage
Elle est souvent utilisée par les éleveurs de reines de sélection.
3. La Cage à ponte sur couvain
Cette cage se fixe directement sur un cadre de couvain naissant. Bien que cette méthode soit plus contraignante à mettre en œuvre, elle est sans doute l’une des plus fiables en matière d’acceptation. Elle est utilisée par des producteurs de gelée royale qui nous achètent des reines, et les taux d’acceptation qu’ils annoncent sont vraiment impressionnants.
Et quid des accompagnatrices ?
Une des grande question est : faut-il garder les accompagnatrices ou les remplacer par quelques abeilles de la colonie en attente de remerrage ?
Les changer, c’est prendre le risque de commettre une erreur de manipulation ou d’introduire une abeille agressive dans la cagette, qui pourrait s’attaquer à la reine. En revanche, ne pas les changer, c’est augmenter la taille du greffon exogène, ce qui peut agacer les abeilles. Celles-ci pourraient alors tenter de tuer les abeilles du greffon et, bien souvent, s’en prendre aussi à la reine.
Notre regard sur l’introduction des reines
L’enjeu de l’introduction est de réussir les premiers contacts entre la nouvelle reine et les abeilles de la colonie. Il est essentiel que les abeilles la prennent en charge, la nettoient, la nourrissent et collectent ses phéromones pour les diffuser par trophallaxie à toute la colonie.
Quand on dit qu’une reine n’a pas été acceptée ou que les abeilles ont rejeté la reine, on commet souvent une erreur d’interprétation. Il peut arriver que les abeilles se ruent sur la reine, l’enveloppent et la tuent. Cependant, il ne faut pas oublier qu’il suffit d’une seule abeille trop zélée pour que l’introduction échoue. Et c’est précisément ce qu’on observe : des abeilles qui entrent en contact paisiblement avec la reine, tandis qu’une furieuse tente de lui arracher une patte ou de la piquer.
Nous utilisons quasi exclusivement les cagettes Nicot, y compris pour l’introduction de nos reines inséminées, qui commencent à pondre dans leur nucleus. Nous les trouvons très pratiques, faciles à utiliser et rapides à installer dans la colonie. Le risque principal reste de ne pas être suffisamment attentif lors de la fermeture de la glissière, ce qui peut blesser la reine si elle tente de sortir ou si elle laisse échapper une patte.
Voici notre méthode pour introduire nos reines inséminées. Sur 200 reines inséminées chaque année, nous en perdons facilement une dizaine lors de l’introduction. La moitié est tuée à la sortie de la cagette, tandis que l’autre moitié est blessée — souvent une patte arrachée. Nous savons que l’utilisation de cages d’introduction sur couvain naissant réduirait peut-être ces pertes à seulement 2 ou 3 accidents par an. Cependant, en pleine saison, il faut aller vite et on le regrette après coup !
Le retour sur nos années de pratique
Ce que nous observons, c’est que tout ce qui perturbe la colonie augmente le risque d’échec lors de l’introduction, comme un nourrissement au sirop ou, pire encore, un pillage. Pour maximiser les chances de réussite, il est préférable d’intervenir dans un rucher aussi calme que possible, sur des ruches elles-mêmes tranquilles quoique orphelines.
L’analyse de nos échecs :
Test de la cagette sur les têtes de cadres
Pour vous assurer que la colonie est bien orpheline et que la reine est attractive, effectuez le test suivant :
- Posez la cagette sur les têtes de cadres, sans ouvrir la languette d’accès au candi.
- Utilisez un nourrisseur couvre-cadre retourné pour créer un espace vide au-dessus du corps.
- Note canicule : S’il fait très chaud et que votre couvre-cadre est mal isolé, insérez plutôt la cagette entre deux cadres pour éviter le coup de chaud.
Verdict : Il est essentiel que les abeilles forment une boule autour de la cagette. Vous pouvez alors casser la languette et placer la cagette entre deux cadres, de préférence collée contre un bord de la ruche. Cette position permet à la reine de se protéger des abeilles trop impatientes, qui pourraient tenter de la tirer par les pattes pour hâter sa sortie.
L’erreur fatale : La curiosité prématurée
Pourquoi attendre ?
À l’ouverture de la ruche, le stress provoque une perturbation phéromonale. Les abeilles, dans un réflexe de panique, peuvent “emballer” la reine (former une boule serrée pour l’étouffer). Même si vous intervenez à l’enfumoir, la reine en ressortira souvent blessée ou affaiblie.
C’est ici que beaucoup d’apiculteurs perdent leur reine. Attendez au minimum 6 jours avant d’ouvrir la ruche pour vérifier la ponte. Il faut que la reine soit de nouveau en plein ponte.
Questions fréquentes et diagnostics
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Observation |
Diagnostic |
Action |
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Les abeilles ignorent la cagette |
Présence probable d’une autre reine (vierge ?) |
Vérifier la colonie avant de libérer la nouvelle reine. |
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La reine pond, puis est tuée après 2 semaines |
Colonie trop agressive / rejet génétique |
Éviter d’introduire des lignées trop éloignées dans des souches agressives. |
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La cagette est vide mais pas de ponte |
Reine non acceptée ou perdue lors du vol |
Vérifier la présence de cellules royales de sauvetage. |